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Vous pouvez retrouver sur ce blog les différentes interviews que j'ai réalisées sous différentes formes ainsi que différents articles sur le sport.

03 Jan

Mathieu Leroy

Publié par Paul Castri  - Catégories :  #Rugby

source: http://www.staderochelais.com/staff/leroy

source: http://www.staderochelais.com/staff/leroy

Mathieu Leroy est analyste vidéo au Stade Rochelais aux côtés de son collègue Florent Agounine. Arrivé il y a quelques années, il est également joueur amateur et occupe le poste de 3/4 centre.

Voici son interview réalisée dans les bureaux du club le 05 mars 2015 :

1-En quoi consiste le métier d’analyste vidéo ?

Analyste vidéo c’est un des nouveaux métiers du sport qui est arrivé avec les nouvelles technologies. L’utilisation de la vidéo nous nous en servons d’abord pour nous, pour analyser nos matches, nos forces, nos faiblesses et nos entraînements. On regarde ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné. Dans un deuxième temps, nous nous en servons aussi pour analyser nos futurs adversaires. Sur plusieurs matches, on voit quelles sont leurs qualités et leurs faiblesses. On essaye de décrypter leurs schémas de jeu. L’analyse vidéo, on s’en sert aussi pour le recrutement, pour repérer des joueurs ou pour regarder des vidéos que les agents nous envoient, on regarde également les différents championnats à l’étranger ou en pro d2 pour essayer de déceler des futurs joueurs de La Rochelle.

2-Quel a été le processus pour devenir analyste vidéo ?

Puisque c’est un nouveau métier, il n’y a pas encore vraiment de filière propre. Il y un diplôme d’analyste vidéo qui se monte actuellement à Liévin, bien qu’il y en ait un autre Montpellier. Avec mes collègues, on n’a pas tous le même cursus. Personnellement, je viens de la filière STAPS (sciences et techniques des activités physiques et sportives) à Poitiers, j’ai fait une licence et je me suis tout de suite orientée surtout ce qui est nouvelles technologies au niveau de l’entraînement sportif.

3-On voit que des clubs comme Clermont utilisent la technologie des drones, quand pensez-vous entant qu’analyste vidéo ?

Je m’étais renseigné dessus il y a maintenant deux ans puisque Grenoble l’utilisait. Les drones, c’est bien, cela permet d’avoir une bonne vision sur les phases statiques comme les mêlées ou les lancements de jeu. Mais il faut savoir que maintenant c’est très réglementé, il faut des licences de pilotage ainsi que des autorisations pour survoler à chaque utilisation. A Grenoble, cela avait été mis en place mais ils n’ont plus eu l’autorisation de s’en servir. Je ne vois pas l’utilisation du drone comme l’avenir de l’analyse vidéo.

4-Vous êtes eux aussi joueurs, pouvez-vous nous se parler de votre carrière ?

(Rires) Ma carrière n’est pas très grande. J’ai commencé le rugby dans la région parisienne à 11 ans. C’est en déménageant que je suis arrivé à jouer à Niort, j’y ai fait toutes mes classes. Je suis passé en équipe seniors à mes 18 ans. J’ai joué trois ans fédérale 1 (3e division nationale et première division amateur) avec Niort. Je jouer au poste de trois-quarts centre (12-13). Cependant, depuis que je suis analyste vidéo du Stade Rochelais, cela devient très compliqué de concilier les deux, puisque je suis beaucoup pris le week-end. J’ai donc décidé d’arrêter de faire des allers-retours avec Niort et j’ai pris une licence amateur à Aytré, qui est un petit club de la région.

5-Selons-vous, pourquoi le rugby féminin est-il moins médiatisé que le rugby masculin ?

Le rugby féminin est très récent. Si on regarde, la médiatisation du rugby masculin est très récente. Le professionnalisme n’est apparu qu’en 1995. Le rugby féminin commence seulement à se mettre en place. Cependant, ce qui dessert au rugby féminin, c’est que quasiment toutes les saisons le championnat et sa ‘‘forme’’ évoluent, ce qui fait que ce n’est pas très visible pour le grand public. Cependant on a vu un grand engouement avec la coupe du monde en France l’année dernière. J’ai l’impression que cela part sur de bonnes bases pour que ce sport devienne de plus en plus médiatisé et télévisé, d’autant plus qu’elles sont plutôt douées et que cela passe donc mieux aux yeux du public.

6-Pensez-vous qu’il est plus difficile pour une femme de percer dans ce sport ?

Je ne pense pas. Vu le nombre de licenciées par rapport au rugby masculin, je pense qu’il est plus facile pour une femme d’accéder au haut niveau. Cependant, même les meilleures ne sont pas toutes professionnelles et ne gagnent pas toutes leur vie avec le rugby.

7-Comment êtes-vous arrivé au club en tant qu’analyste vidéo ?

Je suis arrivé en même temps que les deux nouveaux coachs, Patrice Collazo et Fabrice Ribeyrolles, en 2011 lorsque le club est redescendu en pro d2 après une année passée en top 14. Armand Mardon, le responsable du centre de formation, faisait aussi l’analyse vidéo. C’était une volonté des coachs d’avoir une personne qui s’occupait de la vidéo pour les pros, c’était donc une création de poste.

8-Est-ce que vous êtes-vous-même impliqué dans la vie de vestiaire avec les joueurs ?

Je croise les joueurs tous les jours, autant que les coachs. Je ne les vois autant que les kinés mais on discute dès qu’on se croise. Comme dans n’importe quel travail, j’ai des rapports privilégiés avec certains.

9-Quel est votre point de vue sur l’équipe de France masculine à l’approche de la coupe du monde en Angleterre ?

On ne se régale pas trop à les voir jouer, on décèle un manque de confiance. Pas je pense que l’on avait été très sévère sur le dernier match (contre le pays de galles défaite 13-20). J’ai l’impression que les trois matches qu’ils font sont les trois mêmes sauf qu’il y a une victoire et deux défaites. Cela ne se joue pas grand-chose mais le manque de confiance fait que souvent ça ne bascule pas du bon côté. C’est un peu facile de dire qu’avec une préparation physique qui commence le 4 juillet l’équipe va tout exploser et aller jusqu’en finale comme ils le font en général. C’est peut-être une équipe qui a été mal préparée et mal construite ces quatre dernières années. Si on regarde l’Angleterre, on voit que c’est l’équipe qui a le plus progressé en quatre ans. Ils n’avaient pas réussi le dernier mondial, en 2011 et ont pris des jeunes et les ont installés comme titulaire depuis. Aujourd’hui l’équipe d’Angleterre régale plus que l’équipe de France.

(L’Angleterre sera éliminée au 1er tour et la France en 1/4 de finale face aux futurs champions du monde, la Nouvelle-Zélande)

10-Vous analysez les matches de l’équipe et vous voyez donc l’arbitrage, que pensez-vous de celui-ci qui est souvent critiqué en France dans les médias ?

Pour avoir connu l’arbitrage de pro D2 sur les dernières années, je pense que l’on est plutôt bien arbitré en top 14. Je n’ai pas trop à me plaindre dessus. On stigmatise souvent les petits clubs qui sont moins bien arbitré, cependant on est mal placé pour parler puisse que nous sommes recordman en termes de cartons, on a beaucoup de joueurs qui risquent d’être suspendu pour un match à cause de trois cartons jaunes consécutifs. La plupart des fautes y sont, nous sommes également une équipe qui subit plus le jeu qu’elle ne le fait sur certains matchs, ce qui fait que nous sommes plus en position de faire des fautes. Je n’ai pas de grosses erreurs d’arbitrage mis à part un essai avec les pieds en touche d’un joueur de Toulouse chez eux (l’essai sera transformé, ce qui donnera 7 points à Toulouse. Défaite 29-26).

11- Quel est votre point de vue sur les soupçons de dopage dans le rugby ?

Ça me fait un peu rigoler, ce genre de livres sort toujours à des moments clés comme actuellement avec le tournoi des six nations et juste avant une coupe du monde. Cependant le journaliste, Ballester, est celui qui avait fait le livre sur Lance Armstrong, c’est donc quelqu’un de sérieux mais je trouve qu’il se décrédibilise avec un soi-disant médecin de l’équipe de France qui n’a jamais été médecin de l’équipe de France et qui dit que lui n’a jamais donné de produits dopants mais que c’est son collègue qui les a donnés, collègue mort en 2003. Il n’y a pas de vraie preuve pas à pas, ce sont des ‘‘ on dit’’, ‘‘on m’a raconté que’’, … Pour m’être chargé un peu de la localisation antidopage, je sais que c’est quelque chose de très contraignant, on aide les joueurs à se faire localiser, à avoir un suivi. Il ne faut pas confondre dopage et compléments alimentaires, on voit souvent les anciennes générations se dire, dès qu’ils voient un pot de protéines ou de compléments alimentaires que c’est du dopage. Après il faut savoir qu’il y a des organismes qui vérifie les compositions pour voir s’il n’y a aucun élément qui est sur la liste des produits dopants. En ce qui me concerne j’ai vu plus de ventoline dans des vestiaires de clubs amateurs. Je pense que le dopage touche plus le rugby amateur que professionnel avec des produits achetés sur Internet qui viennent de l’étranger. Je n’ai jamais vu de dopage organisé dans des structures professionnelles, cependant il est toujours possible qu'il y est des préparateurs physiques ou des personnes avec des initiatives individuelles malheureuses mais il n'y a pas de dopage organisé comme on a pu voir avec Festina en cyclisme.

12-Avez-vous remarqué une évolution dans le rugby ?

Dans le jeu, oui. On voit des temps de jeu effectif par match qui commence à être de 32 à 35 minutes, ce qui est quand même important sur quatre-vingt minutes. Il y a beaucoup plus de placage et de rucks qu’avant, par exemple sur la finale de la coupe du monde 2011, il y a eu 97 placages et maintenant nous sommes à environ 150 placages par match. Le jeu devient plus physique et les joueurs parviennent à couvrir plus d’espace car ils sont plus préparer physiquement. « La balle à l’aile, la vie est belle » ne s’applique plus trop dans le rugby actuel. Cela devient plus compliqué de déstabiliser des défenses sur des premiers ou deuxièmes temps de jeu surtout avec la règle des remplacements qui permet d’avoir des jours plus frais sur les fins matchs. L’état d’esprit évolue aussi, on arrive plus tôt avec des joueurs qui sont passés par des centre de formation à partir de 15 ou 16 ans, on ne voit plus d’ingénieurs ou de médecins sur les terrains de rugby comme à l’époque

13-Vous remarquez une évolution dans vos analyses entre la pro d2 ces deux des trois dernières saisons et le top 14 cette année ?

Oui, déjà il y a moins d’en avants et d’arrêts du jeu donc moins de mêlées. La pro D2 pour l’avoir côtoyée pendant trois ans, bien que souvent dénigrée, est un très beau championnat, il y a de belles équipes et le niveau de jeu n’est vraiment pas mal. Ce qui change de la pro D2 en top 14, c’est le volume de course : les joueurs se déplacent plus, il y a plus de temps de jeu, les séquences durent plus longtemps. Au niveau du combat, le championnat de pro D2 est beaucoup plus dur pour tout ce qui concerne les rucks et les mêlées. Le jeu de top 14 est plus propre et le jeu de pro D2 est plus rude.

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