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Vous pouvez retrouver sur ce blog les différentes interviews que j'ai réalisées sous différentes formes ainsi que différents articles sur le sport.

03 Jan

Patrice Collazo

Publié par Paul Castri  - Catégories :  #Rugby

crédit photo Paul Castri

crédit photo Paul Castri

Patrice Collazo est né le 27 avril 1974 à La-Seyne-sur-Mer. Il fut tout d'abord joueur de rugby au poste de pilier. En effet, après avoir été formé au RC Toulon, il partit au CA Bègles-Bordeaux (aujourd'hui Union Bordeaux Bègles) entre 1996 et 2000, il s'engagea par la suite pour une saison au Stade Français Paris puis pour la même durée en Angleterre à Gloucester avant de revenir en France entre 2002 et 2005 au Stade Toulousain. A la fin de son contrat, il décida de retourner à Gloucester jusqu'en 2008 avant de revenir en France pour une ultime saison au Racing Metro 92 (aujourd'hui Racing 92). C'est dans ce même club qu'il commença sa carrière d'entraîneur en prenant les rênes de l'équipe espoir avant de partir au Stade Rochelais en tant qu'entraîneur des avants dans un premier temps puis d'entraîneur en chef par la suite.

C'est après la conférence de presse d'avant match du 05 mars 2015, qu'il accepta de me donner une interview :

1-Avant de nous parler de votre carrière d'entraîneur, pouvez-vous nous parler de votre carrière de joueur ?

(Rires) J'ai commencé à Toulon avant de partir à Bègles Bordeaux, aujourd'hui Bordeaux Bègles, je suis passé par l’Angleterre pendant cinq ans, après je suis passé au Stade Toulousain et j'ai fini ma carrière de joueur au Racing Métro 92.

2-Qu'elle a été votre processus pour devenir entraîneur ?

J'étais en fin de parcours d'un point de vue sportif, cela me trottait dans la tête depuis longtemps, j'avais commencé à passer mes diplômes quand j'étais en Angleterre. Au Racing, j'ai eu l'opportunité d'intégrer un centre de formation. C'est un cursus logique, j'ai commencé par entraîner des jeunes de 18 à 23 ans, je suis également intervenue sur le pôle français à Marcoussis sur les équipes de France de jeunes. Quand j'étais au Racing, j'ai entraîné en Fédérale 1 à Lille. J'ai ensuite eu l'opportunité de venir à La Rochelle.

3-Ressentez-vous des différences entre être entraîneur de l'équipe espoirs du Racing et entraîneur du Stade Rochelais, équipe professionnelle ?

Le métier d'entraîneur c'est le même partout. Ce qui change, c'est la façon dont on gère ou que l'on manage les joueurs. Des jeunes d'un centre de formation ce ne sont pas des professionnels, on doit les amener à devenir pro. Une équipe pro, c'est un management qui est différent. Cependant, le fond reste le même. Je pense qu'entraîner c'est surtout une histoire de conviction et de relationnel qu'on a avec les joueurs.

4-Comment êtes-vous arrivé au stade Rochelais ?

Bonne question ... J'ai été sollicité par le président du club, Vincent Merling, et par le DG, Pierre Venayre. Quand on contacte quelqu'un, on se renseigne. Ils avaient pris des renseignements sur des joueurs qui me connaissaient, avec lesquels j'avais joué. C'est un cursus plutôt normal : prise d'informations puis prise de contact. Soit le contact se passe bien et on sent une vision commune soit ça s'arrête là.

5-Comment êtes-vous devenu Head Coach et qu'est-ce que cela change pour vous par rapport à votre tâche d'entraîneur des avants que vous occupiez encore l'année dernière ?

Ça ne change pas grand-chose, des décisions j'en prenais avant et j'en prends toujours. Avant ont été deux, aujourd'hui la structure a évolué (le staff est passé à 3 entraîneurs avant de revenir à 2). Il fallait définir quelqu'un de référent pour le sportif. Au final, mon quotidien n'a pas beaucoup changé, j'ai les mêmes responsabilités, les mêmes décisions à prendre est le même fonctionnement que lorsque j'étais entraîneur des avants, on ne peut pas se changer du jour au lendemain.

6-Comment se passe votre semaine d'entraîneur en chef du Stade Rochelais ?

Ce sont des semaines classiques, elles se ressemblent quasiment toutes. Le lundi est consacré à la récupération des joueurs et au retour sur le match du week-end précédent. Le mardi on commença basculer sur le match suivant. Le mercredi je ronfle (jour de repos). Le jeudi et le vendredi je prépare vraiment le match avec beaucoup de travail, d'analyse, de vidéos, de débriefing du match, ... Les journées et les semaines ne sont jamais assez longues.

7-Que pensez-vous du rugby féminin ? Selon vous, est-il plus difficile pour une femme de percer dans ce sport ?

J'ai un peu regardé le rugby féminin lorsque la coupe du monde a été diffusée l'année dernière. J'ai trouvé ça intéressant. Je connais quelques personnes qui jouent au rugby féminin. Je trouve ça bien, ça ne me choque pas. Au contraire, c'est un truc qui non pas me surprend parce que c'est un sport de contact, de combat. Je trouve cela positif et je leur tire mon chapeau. Aller faire des mêlées, des rucks lorsque l'on n'est pas "programmé" pour ça ... c'est bien, ça commence à percer et à prendre de l'ampleur. Elles sont parties de loin mais on sent de la persévérance, l'équipe de France tourne très bien, le championnat revient bien puisque l'équipe de France est compétitive. C'est quelque chose qu'il faut avoir dans un club, une équipe féminine.

8-Pourquoi avoir eu envie que le rugby devienne votre métier ?

Je me suis toujours projetait là-dedans avec le plaisir que l'on y prend au quotidien. C'est un métier qui a énormément davantage mais aussi beaucoup d'inconvénients.

9-Quel est le meilleur souvenir votre carrière ? Et le pire ?

Il y a toujours des défaites sur des finales, sur des titres, une finale du championnat de France perdue, une finale de coupe d'Europe perdue même si on en gagne à côté, ça reste des cicatrices qui marquent. Il y a aussi les blessures à des moments clés d'une saison à cause desquelles on loupe une finale. Il y a aussi des bons moments mais dans une carrière, que ce soit de joueur ou d'entraîneur, il faut qu'il y ait des bons et des mauvais moments parce que s'il n'y a pas de cicatrices ou de trucs qui accrochent un peu, c'est un peu lisse.

10-Selon-vous, quelles sont les prochains joueurs de l'effectif du stade rochelais qui pourrait rejoindre leur équipe nationale ?

Il y a Kevin Gourdon qui est très performant et qui pourrait rejoindre l'équipe de France. En principe, jouer en équipe de France ça demande beaucoup de travail au quotidien, de sacrifices et de performances, de la continuité ainsi qu'une certaine constance. Nous on essaie de sensibiliser les jours sur ça et s'il y a beaucoup de travail il peut y avoir quelque chose qui arrive derrière, c'est le joueur qui le décide. Je pense qu'il y en a d'autres qui peuvent jouer en équipe nationale.

11- Vous avez de grandes chances d'avoir des joueurs engagés dans la coupe du monde 2015 en Angleterre, comment arriver vous à convaincre un joueur de venir en tant que "joker coupe du monde" alors qu'il ne peut rester que quelques semaines ?

Je préfère m'appuyer sur un effectif qui sera là sur toute la saison. Sauf blessure(s), je ne me servirai pas de joker coupe du monde.

(Le club engagera finalement 1 joker coupe du monde en la personne du néozélandais David Raikuna au poste d'ailier)

12-Comment se passe le recrutement d'un joueur ?

On étudie beaucoup le joueur, on le regarde jouer, on se renseigne sur ses qualités de joueur mais aussi sur ses qualités d'homme. C'est un travail de fond et d'investigation puisqu'il y a toujours une part d'erreur qui est possible. Après c'est une rencontre avec le joueur, une prise de contact, on va un peu plus loin, on discute, on échange, on voit aussi s'il y a une vision commune et une manière de penser qui est commune. Après il y a des démarches qui sont faites avec un agent, une partie contractuelle et administrative.

13- Vous avez joué en Angleterre et en France, ressentez-vous de grandes différences entre ces deux championnats ?

Oui, il y a des différences, la mentalité est différente, comme le super 15 (championnat d’hémisphère sud) est différent. Chaque pays à une mentalité et une culture propre à son rugby. Le championnat anglais est un championnat qui a était plus attractif à une époque, notamment quand j'ai eu la chance d'y jouer, qu'il l'a été un peu moins et qui maintenant redevient très attractif que ce soit financièrement ou en qualité de joueur. On assiste aussi à des matches enlevés en Angleterre. Contrairement à la France, où il y en a deux, il n'y a qu'une place de relégable, ce qui fait que le condamné est connu en général très tôt dans la saison. Une autre grande différence, c'est qu'ils n'ont pas la notion de jouer à domicile ou à l'extérieur, tous les matchs se jouent à fond alors qu'en France on est encore sur une culture où gagner à la maison c'est très important et gagner à l'extérieur c'est très compliqué.

14-Il y a un livre qui est sorti récemment et qui parle de dopage dans le rugby, quel est votre point de vue sur ce sujet ?

Je n'ai pas joué beaucoup, je crois que j'ai commencé en 93 et je me suis arrêté en 2008. Dans ma carrière et j'ai croisé énormément de joueurs, des joueurs de clubs qui étaient titulaires ou non, des joueurs internationaux et je n'ai jamais vu de dopage. J'ai du mal sur les " on dit", sur les " je reviens 30 ans en arrière". J'ai connu plusieurs clubs, différentes cultures de joueurs, différents championnats et je n'ai jamais été confronté à ça. Je trouve ça un peu dommage, j'aime bien quand les faits sont révélés dans l'instant ou prouvés. Je connais quelques personnes évoquées, et à un moment donné on a quand même le droit d'évoluer physiquement en travaillant.

15-Quel est votre point de vue sur l'équipe de France masculine à l'approche du mondial 2015 ?

Aujourd'hui, il y a un constat qui fait qu’ils sont un peu dans le dur. Je pense qu'il faut laisser les gens travailler, arrêter d'interpréter, il faut que chacun reste à sa place. Un moment donné, quand on entraîne un club, on entraîne un club ; quand on est président d'un club, on est président d’un club, ça ne donne pas tous les droits, on peut discuter, on peut échanger. Quand on commence à s’en prendre aux hommes directement, moi je trouve ça un peu limite. Philippe Saint-André (alors sélectionneur du XV de France), pour l’avoir eu comme entraîneur, c’est un très bon entraîneur. Yannick Bru, pour le connaître et avoir joué avec lui, je sais que c’est un très bon entraîneur. On fera les comptes à la fin de la coupe du monde. De toute façon ça ne sert à rien de faire un constat maintenant, il vaut mieux être prêt le jour J. Il y a un jour où il faudra être prêt, s’ils le sont, tant mieux, et s’ils ne sont pas, tant pis.

16-L’arbitrage est souvent critiquée dans le rugby français, quand pensez-vous ?

Donnons les moyens aux arbitres et peut-être qu’on le critiquera moins. C’est un problème de moyens, de formation, … ça a déjà commencé à évoluer positivement, et je pense que cela va continuer. Malheureusement, si c’est un être humain qui arbitre, il y a toujours une part d’erreur ; c’est comme un joueur, quand il joue il ne fait pas que les bons choix. Un joueur ne fait pas que des bons choix, comment veut-on que des arbitres le fassent ?

17-Comment cela se passe avec les joueurs avant ou après un match dans le vestiaire ?

Il y a une phase de préparation avant le match, qui est une mise en condition, une concentration qui doit être poussée à l’extrême, c’est avant tout un sport de combat, il faut donc se mettre dans les bonnes dispositions mentales. Après le match, vient le temps de l’analyse à chaud. On ne rentre pas dans des grandes explications, on va de suite à l’essentiel pour que les joueurs aient déjà un retour sur le match, c’est surtout en retour collectif.

18-Quel regard portez-vous sur l’évolution du rugby sur les dernières années ?

Le rugby a énormément évolué, les règles ont changés, les joueurs ont évolués, les moyens financiers des clubs ont évolué à vitesse grand V. On ne peut pas comparer le rugby d'avant et le rugby d’aujourd’hui. Tout a été amplifié, la gestion des hommes, les moyens des clubs, le physique des joueurs, le contenu des entraînements, la manière de s’entraîner, … il évolue mais peut-être qu’à un moment donné, il va stagner, mais il évolue avec son temps, on n’est ni en avance ni en retard sur d’autres sports. On se donne les moyens d’être un sport attractif et aussi un sport à spectacles.

19- Comment voyez-vous le futur du Stade Rochelais ?

En top 14 ...

Il se pérennisera en top 14 dans les années à venir ?

Oui !

(Le club arrivera à se maintenir à l'issue de la saison 2014-2015).

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